Homélie messe ouverture Chapitre provincial 2017

Libre dans l'Esprit !

Les constitutions prévoient que nous commencions le chapitre provincial avec une messe à l’Esprit saint. Nous le vivons parfois comme un rituel de commencement. Mais il me semble que les lectures du jour nous indiquent comment nous devons vivre cette invocation à l’Esprit Saint. Nous sommes dans le temps pascal qui aboutit à la fête de la Pentecôte. C’est proprement le temps de l’esprit et nous voyons comment dans les actes des apôtres l’Esprit saint a agi dans l’Église primitive. C’est ce même esprit qui agit maintenant avec autant de force, avec plus de force même puisque l’annonce de la Parole se fait plus urgente.

Un des aspects les plus saillants de la Passion du Christ, me semble être la force et la liberté avec laquelle le Christ donne sa vie. « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». Cette force du Christ, cette liberté du Christ est une manifestation de l’action de l’Esprit Saint. C’est ce même esprit que nous voyons à l’oeuvre dans le coeur des disciples lorsqu’il descend sur eux et les remplit de ses sept dons, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, esprit de douceur et de paix.

Les disciples avaient peur et voilà qu’ils ouvrent les portes du cénacle, et remplis de vin doux, ils annoncent hardiment la Parole de Dieu. Ils goutent à cette liberté intérieure du Christ qui permet de vaincre toute peur et de se donner jusqu’au bout du don de soi. C’est la liberté des enfants de Dieu. Et le Christ est venu pour cela nous donner de vivre et de transmettre cette liberté intérieure, cette liberté d’aimer et de se donner. Le Christ est venu libérer notre liberté captive et nous donner sa liberté divine. Il est venu nous donner son Esprit Saint, parce que c’est une propriété de l’Esprit Saint. Puisque l’Esprit Saint est la personne amour au sein de la Trinité, il est aussi la personne liberté car il ne peut y avoir d’amour sans liberté.

Et l’oeuvre de l’Esprit saint est de nous libérer et de nous guérir de nos blessures. Et surtout de guérir notre liberté pour que nous soyons vraiment libres, et nous donner de respirer la liberté intérieure, pour nous aider à sortir de nos prisons. Et peut-être que les actes des apôtres pourraient se lire à la lumière de cette libération intérieure. La première lecture nous indique que pendant la nuit, l’ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et fit sortir les apôtres. Remarquer comment cette libération a lieu dans la nuit. Ce n’est pas sans nous faire penser à la nuit obscure de Jean de La Croix qui nous indique que le chemin de la liberté passe par la nuit des sens et de l’esprit.

Cette libération s’accompagne d’une certitude claire et obscure de la foi qui est en même temps le fondement de cette liberté. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle », obtienne la liberté éternelle. La foi est le fondement de cette liberté que nous recevons de Dieu. Dans la foi nous avons vaincu le monde, dans la foi nous recevons la grâce du salut et du pardon des péchés, dans la foi nous recevons la lumière de la vérité. Et cette vérité nous libère.

Certes nous sommes encore dans les douleurs d’un enfantement et nous ne sommes pas encore parvenus à la plénitude de cette liberté. Nous gémissons dans l’attente de sa pleine révélation et réalisation. Mais nous pouvons déjà goûter dès maintenant, à travers les ombres de la nuit, en espérance, un « je ne sais quoi » qui ouvre notre coeur aux dimensions du monde, et nous ouvre déjà les portes de la vie éternelle.

Une des manifestations de cette liberté intérieure que donne l’Esprit se traduit par la joie. Il ne s’agit pas d’un optimiste béat mais d’adopter le regard de Dieu sur la réalité de notre monde. « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche [...] c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus » (1 Th 5,16-18). Ce pourrait être notre devise pendant ce Chapitre. La joie qui nous vient du Christ n’est pas une joie éphémère qui satisfait un besoin sensible. « C’est ma joie que je vous donne », et il ne la donne pas à la mesure du monde. C’est une joie intérieure, fondée sur la foi, ouverte au monde par l’espérance, active dans la charité. C’est la joie de l’Esprit-Saint. Car si l’esprit saint est la personne Amour et Liberté, il est aussi la personne Joie.

Vous vous souvenez que le P. Marie-Eugène avait une grande dévotion à l’Esprit Saint. Mais c’est plus qu’une dévotion qui est laissée à l’arbitraire ou au choix personnel. C’est une nécessité de vie spirituelle, et nous pouvons demander à notre frère le P. Marie-Eugène de nous obtenir la grâce d’être docile à l’Esprit, et pourquoi pas de pouvoir l’appeler comme lui mon Ami. « Je ne vous appelle plus serviteur, dit Jésus, je vous appelle mes amis ». Devenir et être de plus en plus l’ami de Jésus, c’est aussi être l’ami de l’Esprit saint. C’est la grâce que je nous souhaite à tous dans ce Chapitre. Amen !

(Fr Marie-Philippe, Montpellier le 26 avril 2017)