15/04/2017

Samedi Saint - Marie Espérance dans la nuit

Samedi Saint Carmel
Au pied de la croix, la Sainte Vierge était debout, douloureuse mais grande et forte...

Son Fils, le Verbe incarné, son Roi, était mort; on l'avait déposé dans un sépulcre, comme un mort; il l'était, la blessure du cœur l'indiquait bien. Il n'y avait pas d'illusions possibles, même pour l'amour le plus ardent qui veut toujours espérer. Jésus était mort, et maintenant, elle n'avait même plus son corps, elle était seule.

… Apparemment, les siens avaient raison; les grands, les puissances établies avaient condamné Jésus et la condamnation avait été exécutée avec la connivence de Pilate.

… Ô Marie, vous êtes maintenant notre seule espérance vivante, et nous venons près de vous. … Vous êtes une reine, par votre majesté, par la noblesse de votre attitude, par la qualité de votre souffrance que vous portez noblement et surnaturellement!

Nous voudrions nous aussi, ô Marie, rester silencieux auprès de vous, pour vous voir, pour vous témoigner, par notre silence, notre affection et notre respect. Nous voudrions entrer dans les profondeurs où se trouve votre âme; nous voudrions revivre avec vous ces heures. Nous les revivons actuellement, avec l'espérance, avec la certitude de la Résurrection. L'Église nous la fait entrevoir déjà dans sa liturgie. Vous l'entrevoyez vous aussi, comme une lumière d'aurore mais qui n'a pas encore paru à l'horizon, ou à peine par quelques rayons; et vous êtes dans la nuit, ô Vierge Marie. Votre Gethsémani, ces heures douloureuses que vous avez déjà vécues, se renouvellent, avec une intensité accrue.

Ô Vierge Marie, … vous entrez dans l'obscurité par la foi, vous y restez paisiblement dans l'espérance... Stabat Mater; vous restez debout, comme au Calvaire; vous gardez cette attitude dans la sérénité de votre âme. Nous venions auprès de vous pour vous consoler, et c'est vous qui nous parlez, qui nous instruisez par votre calme et votre paix, par la limpidité de votre pureté, par la puissance qui apparaît dans votre attitude.

Ô Vierge Marie, vous nous montrez dès aujourd'hui la puissance, l'efficacité de la parole substantielle de Jésus, hier, sur la croix: " Voici votre mère ". Vous êtes vraiment notre mère ....

Ô Vierge Marie, notre mère du Samedi Saint, marquez nos âmes de l'empreinte de cette journée; aidez-nous à conserver tout ce qui se dégage de vous à cette heure. Nous savions bien que vous étiez notre mère toute tendre, nous ne vous avions jamais vue si grande, si noble, si puissante, et en même temps si douloureuse. Quelle leçon pour nous! leçon de confiance, d'espérance en vous, leçon aussi pour notre conduite personnelle. Nous vous demandions hier de participer à votre maternité, c'était vous demander de participer à votre prière, à votre souffrance, à votre union à Jésus. Vous nous apprenez comment il faut porter ce poids de souffrance pour qu'il soit véritablement efficace, pour qu'il produise en nous la fécondité.

Aujourd'hui nous resterons auprès de vous pour que vos enseignements s'impriment bien profondément en nous, pour que nous sachions faire comme vous: souffrir, être accablés par la souffrance, mais dans une espérance toujours vivante,même si cette espérance semble dépouillée désormais de tout appui humain et de tout motif naturel d'espérer. Qu'elle ne puisse plus s'appuyer que sur la parole de Dieu, sur la parole de Jésus, sur une foi toute nue.

C'est par cette foi nue, par cette espérance toute dépouillée que nous entrons dans le mystère pascal de la Résurrection. C'est ainsi que nous pourrons boire aux sources du Sauveur ressuscité, abondamment, à la mesure de notre espérance et surtout, ô Vierge Marie, à la mesure de sa miséricorde et de votre tendresse pour nous.

Ô Vierge Marie, demain, ce soir déjà, soyez mère pour nous, mère de la vie du Christ ressuscité! Soyez mère pour chacun d'entre nous, pour tous ceux que nous aimons, pour l'Église, pour le monde. Faites participer le monde à la paix qui rayonne de vous.


(Méditations du bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus)