12/04/2017

Chemin de Croix, méditations du bx Marie-Eugène de l'E.-J.

Chemin de Croix Carmel
" Et moi, élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " (Jn 12,32)

1. Jésus est condamné à mort


" Ils crièrent: 'Crucifie-le!' Pilate alors, voulant contenter la foule, après avoir fait flageller Jésus, le livra pour être crucifié " (Mc 15,14-16).

O Jésus, ... Votre chair frémit, et votre âme frémit: vous, la Vie, vous entendez un arrêt de mort. Vous êtes Dieu, le Dieu fort, mais vous êtes un homme aussi, et vous voulez le montrer. Mystère! Ce Dieu fort a une humanité qui frémit, volontairement il est vrai, mais réellement. Vous frémissez devant l'arrêt de mort, devant la séparation de cette chair que vous a donnée la Vierge Marie et de cette âme que vous a donnée l'Esprit-Saint. La divinité restera attachée à votre chair et à l'âme, mais votre âme humaine et votre chair vont se séparer.

Cette mort doit survenir pour nous aussi, notre âme se séparera de notre corps. Pour vous, c'est une condamnation, pour nous, ce sera un voile qui se déchirera et notre âme libérée vous contemplera. O Jésus, vous avez frémi et nous aussi, nous sommes tentés de frémir devant la mort. Vous êtes la Vie et nous aimons la vie. Par le mérite de votre mort, par l'acceptation de votre mort, apprenez-nous à l'accepter, obtenez-nous de la voir pour ce qu'elle est: la déchirure du voile, l'ouverture d'une porte, une lumière qui paraîtra à nos yeux.

2. Jésus est chargé de sa croix


" Ils prirent donc Jésus qui, portant lui-même sa croix, sortit de la ville pour aller au lieu dit du Crâne, en hébreu Golgotha " (Jn 19, 16-17).

Voici qu'on vous apporte, ô Jésus, l'instrument de votre supplice, cette croix honnie, symbole de tant de souffrances. Elle vous est donnée et vous la prenez avec empressement. Votre geste est une bénédiction, cette croix sera désormais notre espérance.

Cette croix est une réalité rugueuse, et elle est en même temps un symbole de votre passion. Parce que vous l'avez touchée et portée, parce que vous avez été cloué sur elle, la croix va désormais devenir la grande espérance du monde chrétien. Elle sera dressée dans toutes les églises, aux carrefours, sur tous les autels.

Ô Jésus,... Nous saisissons cette croix, nous l'embrassons avec vous; nous offrons toutes les croix des âmes généreuses et saintes; toutes ces épreuves et ces souffrances, unies à la vôtre, ô Jésus, apportent avec elles une fécondité, toutes ces croix réunies sont une puissance. L'Église sera construite avec la souffrance de votre croix, et les souffrances des nôtres. Nous saluons, nous vénérons, nous adorons votre croix, ô Jésus, et nous saluons les nôtres.

3. Jésus tombe une première fois


" Il faut que s'accomplisse en moi cette parole de l'Écriture: II a été mis au rang des scélérats (Lc 22, 37). "

Jésus, vous tombez déjà, affaibli par la flagellation, le couronnement d'épines, les outrages que vous avez subis et surtout la souffrance morale, l'humiliation. Vous, l'Homme-Dieu, vous le grand thaumaturge, le grand orateur, vous Dieu, vous avez été traité comme un malfaiteur, comme un homme honni et détesté.

Cependant on vous avait acclamé, on avait voulu vous enlever pour vous faire roi; vous n'avez trouvé que moqueries et railleries. Tout s'est ligué contre vous: non seulement le conseil des princes des prêtres, la puissance civile et militaire de Pilate, mais aussi la rage de la foule, la haine basse des valets et des soldats. Oui, tout s'est ligué contre vous.

Homme-Dieu, pauvre homme, laissez-moi vous regarder. Vous êtes vraiment le roseau desséché annoncé par le prophète, sans beauté, sans apparence humaine, sinon les outrages de la haine que vous portez dans toute votre chair. Les plaies s'ouvrent, le sang coule, l'obscurité monte; la foule est là qui vous presse et se moque de vous. Vous entendez les échos de la haine et de la raillerie sur votre chemin.

4. Jésus rencontre Marie, sa mère


" Vois! Il doit être un signe en butte à la contradiction. Et toi-même, un glaive te transpercera l'âme " (Lc 2, 34- 35).

Ô Jésus, vous êtes accablé; les soldats vous ont relevé brutalement, votre regard se lève; que voyez-vous? Votre sainte mère.

Vous échangez un regard, un regard de souffrance, qui va aux profondeurs de l'âme. Marie votre mère vous pénètre; au-delà de tout, elle voit vos dispositions, elle les connaît, elle les a suivies depuis trente ans. Elle sait l'amour que vous avez pour votre Père, pour sa volonté, elle y est entrée, au début peut-être sans comprendre.

Ô Marie, permettez-nous de vous regarder. Vous êtes là, sur le chemin du Calvaire, votre maternité, divine et votre maternité de grâce vous ont fait trouver des forces tout à fait singulières pour regarder en face le spectacle. Donnez-nous votre regard, donnez-nous votre amour pour Jésus et pour son Père, pour la pensée de Dieu. Donnez-nous votre acceptation. Nous voulons vous ressembler, nous voulons participer à votre maternité spirituelle; pour cela il nous faut participer aussi à votre souffrance, à votre immolation, à votre Calvaire.

5. Simon aide Jésus à porter sa croix


" Comme ils l'emmenaient, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus " (Lc 23, 26).

Ô Jésus, vous êtes accablé. Les soldats ont peur sans doute que vous n'arriviez pas au sommet, que vous défailliez en route. Quel embarras pour eux! Ils usent de leur puissance de réquisition. Voici un paysan aux vêtements modestes qui passe; ils l'arrêtent, et lui font signe. Il proteste: se voir dans un tel décor, prendre la croix! Il n'est pas coupable; qu'a-t-il fait? C'est de la tyrannie! Les soldats insistent, l'obligent, et Simon de Cyrène se soumet. Il prend la croix et la porte à la place de Jésus.

Simon de Cyrène, vous n'avez pas compris, comme nous ne comprenons pas nous-mêmes quand Jésus nous impose notre croix. Elle est source de lumière, elle est source de vie. " Que sait-il, dit saint Jean de la Croix, celui qui n'a pas souffert ? " Nous protestons... Heureusement, ô Jésus, comme les soldats romains, eux avec brutalité, et vous avec une miséricorde infinie, vous ne cédez pas à nos craintes, à nos instances. Vous nous laissez la croix, la bonne croix. Soyez courageux pour nous imposer la croix nécessaire à notre purification, la croix qu'exigent notre mission et notre fécondité. Nous vous en prions, donnez-nous cette croix, sachez vaincre nos résistances. Comme Simon de Cyrène fut récompensé par la foi de ses fils, et par sa propre foi, nous aussi nous le serons. Merci, ô Jésus, de votre fermeté.

6. Une femme essuie la face de Jésus


" Sans beauté ni éclat nous l'avons vu, objet de mépris et rebut de l'humanité, homme de douleurs et familier de la souffrance " (Is 53,2- 3).

Voici que vous avancez, ô Jésus. Les ricanements continuent, les soldats restent ce qu'ils sont,cruels et sans pitié, accomplissant leur triste besogne. Vous êtes environné d'une atmosphère de haine. C'est bien cela le monde dont Satan est le prince.

Voici cependant une âme fidèle, une âme courageuse, une femme qui vous lance un linge, car elle n'a pas le droit de s'approcher. Vous le prenez ô Jésus, et vous essuyez votre Face. Vous avez foulé le raisin du pressoir, vous êtes couvert de sang, de sueur. Vous faites le geste du travailleur et vous redonnez ce linge à cette femme qui l'emporte comme un trésor. Son courage est récompensé: sur ce linge, elle découvre votre Face.

Voilà la récompense des âmes privilégiées, celle que désirait sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et que nous désirons timidement avec elle: porter vos traits sur notre âme, sur notre corps, porter même les signes de votre souffrance. Saint Paul se glorifiait déjà de porter ces traces, ces stigmates.

Ô Jésus, sommes-nous assez courageux pour mériter cet honneur? Voyez nos timides désirs, fortifiez-les, et donnez-nous la force de porter la réalisation, si vous jugez bon de les réaliser.

7. Jésus tombe une seconde fois


" C'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes " (I Co 1, 24-25).

Ô Jésus, votre accablement croît, vous voici de nouveau à terre. Ô humiliation! Vous, le Dieu fort, vous dont le corps et l'âme sont pénétrés de la divinité, vous voici à terre, vraiment accablé... Vous justifiez les ricanements et les blasphèmes: vous êtes vraiment impuissant. Vous voici à l’œuvre et vous faiblissez; vos ennemis triomphent, ils sont maintenant sûrs de leur victoire.

Ô Jésus, nous vous adorons dans cette douloureuse attitude; nous adorons votre force, nous adorons votre faiblesse. L’Esprit de Dieu vous-a-t-il quitté? Non, c'est la preuve de sa présence. Il crée les antinomies; les impressions de faiblesse, les impuissances deviennent la preuve de sa présence. Quel langage étrange! Jésus, aidez-nous à le comprendre. Bien souvent nous sommes comme vous, accablés, à terre. Aidez-nous à comprendre d'une façon concrète que l'impression de faiblesse, la chute, doivent être le piédestal de notre confiance et provoquer chez nous un appel à l'Esprit.

8. Jésus parle aux femmes de Jérusalem


" Le peuple en grande foule le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui " (Lc 23, 27).

Dans cette foule, ô Jésus, vous trouvez des sympathies: ce sont ces saintes femmes qui vous suivaient en Galilée et sont venues à Jérusalem.

Peut-être décontenancées par la rapidité des événements, elles se sont rassemblées, elles se sont raconté mutuellement ce qu'elles avaient pu en apprendre, et elles ont couru sur le chemin du Calvaire. En vous voyant, elles pleurent. Elles étaient si attentives à vos besoins, et elles vous voient dans cet état: nous comprenons leurs larmes. Et vous vous arrêtez pour leur donner une leçon, une lumière: Ne pleurez pas sur moi! pleurez sur vous, sur votre peuple, sur Jérusalem! Ils ne savent pas ce qu'ils font, ils ne savent pas le châtiment qu 'ils vont s'attirer. Si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec ?

Un instant, ô Jésus, vous montrez de nouveau que vous êtes le Verbe de Dieu qui connaît les secrets de Dieu, qui donne la pensée de Dieu. La sympathie et la foi de ces âmes vous font retrouver votre rôle. Nous voudrions bien que vous soyez toujours ainsi pour nous, même quand vous avez à nous donner de graves avertissements.

9. Jésus tombe une troisième fois


" Je dois recevoir un baptême, et quelle n 'est pas mon angoisse jusqu’à ce qu 'il soit consommé! "(Lc 12, 50).

Nous voici au terme; Jésus, vous voyez le lieu de votre supplice; vous le connaissez, vous l'avez salué au passage quand vous veniez à érusalem. Et maintenant, la vue de ce lieu, les préparatifs qui s'y font, vous accablent. Les démons rôdent, leur rage est extrême. L'obscurité qui vous environne intérieurement est plus grande encore. C'est comme un réveil de l'enfer. Vous tombez sous l'accablement.

Voilà comment vous abordez le lieu de votre sacrifice. Quel triomphe, de la mort sur la vie, de l'enfer sur le ciel, du démon sur le Verbe incarné! C'est ainsi que doit s'opérer la Rédemption.

Je vous adore, Jésus, dans votre chute. Je vous adore profondément, parce que vous êtes tombé, parce que vous êtes à terre. Vous êtes là, le pécheur devant la majesté divine. Aidez-moi à prendre cette attitude, la vôtre, celle du publicain qui reste au fond du Temple. Je suis pécheur comme lui, je voudrais être le pécheur comme vous, ô Jésus, agneau de Dieu qui porte le péché du monde.

10. Jésus est dépouillé de ses vêtements


" Les soldats prirent ses vêtements et firent quatre parts... afin que l'Écriture fut accomplie: ils se sont partagés mes habits, et mon vêtement, ils l'ont tiré au sort " (Jn 19, 23-24).

Voici que les préparatifs se font. Les soldats prennent la croix de Simon, d'autres vous prennent vous, ô Jésus. Leur salaire, ce sont vos vêtements: ils s'en emparent, il faut que ces vêtements soient aussi intacts que possible. Ils arrachent violemment votre tunique; peu importe la chair qui y est collée...

Vous voici dépouillé devant toute cette foule. On voit votre corps couvert de sang, les plaies de la flagellation; on découvre sur votre chair les outrages que vous avez subis, la face tuméfiée, les larmes qui ont coulé, la poussière. Ô Jésus, vous expiez ainsi les péchés de la chair. Par le sang qui coule, par la sueur qui s'y mélange, par les plaies que nous découvrons, purifiez-nous, éteignez en nous la concupiscence, donnez-nous quelque chose de votre pureté.

11. Jésus est cloué sur la croix


" Ils le crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, .. Le peuple restait là et regardait "(Lc 23, 33-35).

Les bourreaux se mettent à l’œuvre; en quelques instants, vous voilà fixé sur la croix. Les deux larrons sont aussi crucifiés. Les clous s'enfoncent dans les mains et dans les pieds, la croix est dressée.

Je vous adore, ô Jésus en croix. Vous dominez la foule, vous dominez le monde, non seulement le monde de votre temps mais celui de tous les temps. Vous êtes le grand spectacle: Jésus en croix. C'est de là que vous régnez, que vous régnerez.

Je vous adore, ô Jésus en croix, livre vivant, livre de la Passion, livre de votre triomphe et des triomphes de l'Église. Apprenez-moi le langage de cette croix. Elle est toujours scandale, elle est toujours folie. Même nous chrétiens, nous qui voulons vous suivre, nous avons de la peine à déchiffrer son langage, à recueillir ses leçons; nous avons de la peine surtout à en comprendre l'application à nos vies. Ce langage de la croix est cependant un langage universel, le langage de tout chrétien, de toute âme fidèle. Ô Jésus, je vous prie pour tous les crucifiés de tous les temps, pour ceux de notre époque. Expliquez-leur le langage de votre croix, de votre crucifixion.

12. Jésus meurt sur la croix


" Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: 'Tout est accompli', il inclina la tête et remit son esprit " (Jn 19, 30).

Trois heures... voilà trois longues heures que vous êtes attaché à la croix. Les minutes elles-mêmes sont longues quand on souffre, quand on étouffe, quand tout semble perdu. L'obscurité s'étend sur la terre. Les soldats sont assis au pied de la croix, ils mangent, ils dissertent, ils regardent cependant. Les saintes femmes les plus courageuses s'approchent... Marie, la Sainte Vierge, Marie-Madeleine. Jean s'est glissé lui aussi, il est là, il regarde, il écoute; il va décrire ces heures, rapporter vos paroles:

" J'ai soif... " " Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu 'ils font "; surtout: " Mère, voici votre fils... Voici votre mère. " C'est bien la fin, c'est le testament.

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?"

Vous dites votre désolation, ô Jésus, votre désolation intérieure, l'obscurité, la nuit, presque la désespérance. Vous regardez le décret des desseins divins, vous le lisez, tout est consommé:

" O Père, je remets mon âme entre vos mains ", vous expirez.

Je recueille ce dernier soupir, ô Jésus, je voudrais le suivre, je voudrais y adhérer, pour aller au Père comme lui. Je voudrais que mon âme s'y attache, qu'elle soit portée par votre souffle, qu'elle soit agrandie et fécondée par votre souffrance.

Souffle de Dieu, souffle de Jésus, Verbe incarné, je vous recueille, je veux vous faire mien.

13. Jésus est détaché de la croix et remis à sa mère


" Un homme nommé Joseph alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus " (Lc 23, 52).

Les instants passent, les heures peut-être; vous êtes sur la croix. Les saintes femmes sont là... Les scribes et les pharisiens, les princes des prêtres viennent contempler leur œuvre.

Pilate s'assurer que Jésus est mort. Les viennent  pour briser les jambes des suppliciés et précipiter la mort. Jésus, lui, est mort, et le centurion négligemment, pour affirmer cette mort, perce de sa lance le côté. L'eau et le sang en jaillissent. Oui, il est bien mort, Jean en témoigne; il a vu le coup de lance, il a vu le sang et l'eau, symboles de la vie qui va couler du cœur de Jésus.

Avec toutes les précautions de l'amour de Nicodème et de Joseph d'Arimathie, de Jean et des saintes femmes, Jésus est descendu de la croix.

Qui va le recevoir, sinon Marie, debout au pied de la croix et qui s'est assise un instant pour recevoir le corps sur ses genoux...

Comme peut le faire une mère, elle examine ce corps qui lui appartient, elle ne compte pas les plaies, mais elle en mesure la profondeur, elle cherche les emplacements. Comme chacune a dû être douloureuse! ces plaies du visage et de la tête, cette lance qui a transpercé le cœur...

Ô Marie, quelle exploration douloureuse! Et vos sentiments sont restés les mêmes. La parole qu'il a prononcée: " Voici votre mère ", a dilaté et agrandi votre cœur; elle y a déposé une grâce,douloureuse car tout enfantement se fait dans la douleur. Mais elle a mis aussi dans votre âme et dans votre cœur un amour nouveau, singulièrement développé, un amour sans objet apparent, qui va au monde entier. Et cet amour vous presse, ô Marie, d'accepter l'échange, pour ainsi dire, de Jésus mort, de la vie de Jésus, avec les âmes qui vous sont données, toutes les âmes, tout le Corps mystique. La vie du Corps mystique jaillira désormais de Jésus, mais par vous.

Comme vous êtes grande, ô Marie.

Ô Marie,... Faites que nous soyons vraiment vos enfants, vivants comme votre Fils, vivants comme vous.

14. Jésus est déposé au tombeau


" Puis Joseph roula le corps de Jésus dans un linceul et le plaça dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n'avait été mis " (Lc 23, 53).

L'heure presse, la nuit tombe. Joseph d'Arimathie et Nicodème font la toilette du corps de Jésus, mettent de la myrrhe, des bandelettes, ils l'enveloppent dans un linceul...

Ô Marie, vous regardez tout cela, vous aidez peut-être. Et ces hommes courageux emportent le corps de Jésus; il y a là un tombeau qui appartient à Joseph d'Arimathie et ils y mettent le corps.

Vous suivez, ô Marie; la nuit est tombée, on roule la pierre. Vous voilà seule, sans Jésus. Quand vous l'avez rencontré sur le chemin du Calvaire,il était vivant. Maintenant, il est mort, tout est détruit: son œuvre, les fruits de sa prédication, le collège des apôtres. Il n'y a plus que quelques témoins de ce désastre complet.

Et ce désastre tombe sur votre âme, ô Marie. Nous en portons un peu le poids avec vous; mais nous, nous avons déjà vécu la Résurrection. A ce moment-là, ô Vierge Marie, vous ne vivez, vous ne réalisez que la mort de Jésus. Vous êtes forte, vous êtes vaillante, vous êtes restée debout près de la croix, affirmant la force qui vous vient de Dieu, comme Jésus a affirmé la sienne dans son dernier cri. Le centurion et les soldats sont partis ébranlés: " C'était vraiment le Fils de Dieu . " Et vous, ô Marie, que dites-vous, que pensez-vous?

Dans ce désastre, dans cette nuit, vous n'avez probablement pas de lumières, pas de pensées, vous vivez le désastre. Jean va vous emmener, puisque vous lui appartenez, puisque vous êtes sienne. Il va vous ramener à Jérusalem en sa maison; nous vous y suivrons. Pour quelques heures nous n'avons plus que vous.